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	<title>Valentin Nicolau  &#187; Chroniques</title>
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		<title>NICOLAE MANOLESCOU &#8211; La vie sur un quai de gare</title>
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		<pubDate>Fri, 13 Mar 2009 12:48:54 +0000</pubDate>
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		<description><![CDATA[Etant membre d’un jury de création théâtrale originale, j’ai découvert un dramaturge : Valentin Nicolau. Le jury lui a accordé le grand prix. Lorsque les enveloppes ont été ouvertes, je n’ai pas su immédiatement de qui il s’agissait. Je connaissait le nom, mais il appartenait à un des principaux éditeurs d’après 1989, et je n’avais pas [&#8230;]]]></description>
				<content:encoded><![CDATA[<p>Etant membre d’un jury de création théâtrale originale, j’ai découvert un dramaturge : Valentin Nicolau. Le jury lui a accordé le grand prix. Lorsque les enveloppes ont été ouvertes, je n’ai pas su immédiatement de qui il s’agissait. Je connaissait le nom, mais il appartenait à un des principaux éditeurs d’après 1989, et je n’avais pas entendu parler de son œuvre dramatique. C’était ma faute. Valentin Nicolau avait été nominalisé lors de deux concours antérieurs. Le détail en question m’avait échappé. La pièce qui a reçu un prix, qui se retrouve dans le présent volume, était la première que je lisait. Même maintenant, après avoir lu et les deux autres, je ne suis pas sûr que l’ordre de leur présentation est également l’ordre dans lequel elles ont été écrites. La plus mûre et la mieux construite est <em>Ca zăpada şi cei doi</em> (Comme la neige et les deux autres). Mais il n’est pas à exclure qu’elle fut écrite avant les autres. La chose est moins importante. Valentin Nicolau est, incontestablement, un dramaturge qui sait comment on écrit une pièce, il est maître des répliques, ayant une aisance dans le langage et, pas en dernier lieu, plein d’idées de théâtre. Toutes ses pièces peuvent être jouées sur la scène. Elles sont pensées pour la scène. La main du metteur en scène n’a que des broutilles à retoucher.</p>
<p>Toutes les pièces sont des paraboles, avec des personnages génériques (ils ont rarement des noms et quand ils en ont c’est pour des raisons esthétiques précises). C’est un théâtre « abstrait », post-psychologique et post-réaliste, politique, en essence (moins <em>Ca zăpada şi cei doi </em>– Comme la neige et les deux autres), un peu dans le genre de Brecht (dont vient l’idée des chansons comiques, risibles), pittoresque, spirituel et dynamique.</p>
<p><em>Fantoma de la clasa întâi</em> (Le Revenant de la première classe) est une mise en abîme d’une Roumanie qui traverse la transition d’aujourd’hui. Sur le quai d’une gare, se rencontre toute la faune sociale, depuis les chefs et les politiciens jusqu’aux drogués et aux putes. Tous attendent un train qui n’arrive plus. Cette allégorie héroï-comique-satirique a ses moments pathétiques, mais également des moments risibles, suggérant un univers social et moral oppressif et sans issue. Le Revenant du titre est le revenant du passé, de Ceaucescou, à la rigueur.</p>
<p>Plus compliquée encore, dans la même manière, est <em>Lume, lume, soro lume</em> … (Beurré comme le p’tit lou …). Premièrement  parce que l’action implique une certaine évolution (ou, plus exactement, une involution). Un immeuble d’appartements en train d’être abandonné par les locataires, comme le bistrot qui se trouve au rez-du-chaussée, une gare, légèrement ressemblant à celle de <em>Fantoma de la clasa întâi</em> (Le revenant de la première classe), qui a son bistrot, une place à la limite de la ville, et de nouveau un bistrot, une maison paysanne et, de nouveau, un appartement dans un immeuble ;gradin après gradin, le protagoniste (qui ici a un nom, Vasile), descend les cercles de l’enfer vers les régions les plus sombres et dérisoires. Le personnage parcourt, en sens inverse, le chemin que la paysannerie a parcouru pendant le communisme, depuis le village vers la ville. Avec la mort de la ville, Vasile revient au village. Les fabriques ferment, l’industrie chôme, les anciens paysans à demi-urbanisés cherchent à revenir sur leurs lieux d’origine. Mais le retour est impossible. Vasile s’accroche à l’illusion que Gheorghe, son seul ami resté au village, a réussi. Mais celui-ci est lui-même un raté, tout comme Vasile. Iles illustrent deux catégories de lumpenprolétariat : les <em>ţărăşeni</em>, un mot créé par l’auteur, tous les deux sont restés à la moitié du chemin entre les paysans et les citadins, dans une zone qui n’est ni village, ni ville, ni industrie, ni agriculture.</p>
<p>La plus ionescienne, jusque dans sa simplicité, est <em>Ca zăpada şi cei doi</em> (Comme la neige et les deux autres). Et la seule non-politique. C’est une parabole poétique-métaphysique, comme tant de pièces de Ionesco. Un vieillard se retrouve avec un locataire indésirable dans son studio, déchiré entre le bouleversement de son petit ordre moral par la présence de l’intrus et le besoin de communication, le personnage est un mélange adorable de stupeur, incompréhension, timidité et surprise devant le nouveau. Le troisième colocataire est une fille, recueillie à une Hot-Line par le Locataire, qui se trouve en plein malentendu et n’en ressort, pratiquement, jamais. Ce qui se passe a moins d’importance (par exemple, la chance qui tombe sur le Locataire devenu brusquement gagnant de tous les concours de la radio, télévision, bingo etc., mais au nom et à l’adresse du Vieillard car lui il n’a pas de nom, ni d’adresse !). Les relations entre les personnages sont pleines de délicatesse, en dépit de leur caractère conflictuel, et une solidarité discrète s’installe entre des gens qui n’ont rien en commun, qui se tourmentent réciproquement, se détestent ou se haïssent, mais qui ne peuvent plus vivre séparément. Les répliques ont de la poésie et un humour caché. Bien rythmée du point de vue scénique, la pièce pourrait constituer un spectacle encore plus émouvant que les deux autres.</p>
<p>Le lecteur de théâtre que je suis ne peut que souhaiter au dramaturge qui est Valentin Nicolau de voir ses pièces sur la scène. Une scène que j’imagine comme un quai de gare dans tous les trois cas.</p>
<p>La vie sur un quai – entre attente et passage – est une caractéristique de toutes les pièces, soit que l’action se déroule sur l’escalier d’un immeuble, dans un bistrot, dans un marché aux puces ou dans un appartement. Le gens viennent et partent : ce qui est, au fond, une illusion unanimement partagée car, au-delà de leurs désirs et leurs espérances, rien ne change, ni au moins le décor, sauf, peut-être, dans l’imagination de chacun. (<em>Nicolae Manolescou, Postface au volume Dacă aş fi un înger </em>(Si j’étais un ange), <em>UNITEXT, 2000</em>)</p>
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		<title>MIRCEA MORARIU &#8211; Si j’étais un ange</title>
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		<pubDate>Fri, 13 Mar 2009 12:47:51 +0000</pubDate>
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		<description><![CDATA[Il y a deux ans, j’ai eu l’occasion de lire en manuscrit la pièce Fantoma de la clasa întâi (Le Revenant de la première classe) dont l’auteur, Valentin Nicolau, directeur général d’une bien connue maison d’édition, m’a semblé être un dramaturge promettant, maître de la réplique, habile dans la construction de certaines scènes, connaissant bien [&#8230;]]]></description>
				<content:encoded><![CDATA[<p>Il y a deux ans, j’ai eu l’occasion de lire en manuscrit la pièce <em>Fantoma de la clasa întâi </em>(Le Revenant de la première classe) dont l’auteur, Valentin Nicolau, directeur général d’une bien connue maison d’édition, m’a semblé être un dramaturge promettant, maître de la réplique, habile dans la construction de certaines scènes, connaissant bien les lois du théâtre et, surtout, possédant la mesure de la parole dans l’ensemble du texte destiné à la scène. J’ai apprécié la capacité de censurer la tendance pernicieuse vers les explosions métaphoriques en chaîne lesquelles suffoquent trop souvent le caractère dramatique et qui s’étendent souvent dans les écrits des ceux qui confondent maintes fois la littérature dramatique avec une sous-espèce de la poésie épique. Le volume intitulé <em>Dacă aş fi un înger</em> (Si j’étais un ange),  paru il y a  quelques mois chez les Éditions Unitext, confirme mes bonnes impréssions que j’ai eues au début ainsi que la conviction que Valentin Nicolau est un authentique écrivain de théâtre.</p>
<p>Le livre réunit trois pièces, les deux premières, <em>Fantoma de la clasa întâi</em> (Le Revenant de la première classe) sous-intitulée <em>Dacă aş fi un înger</em> (Si j’étais un ange), et <em>Lume, lume, soro lume </em>&#8230; (Beurré comme un p’tit lou) laissent découvrir dans leur auteur un dramaturge préoccupé par les dossiers de l’actualité. Elles sont la création de quelqu’un qui met un diagnostique social par l’intermédiaire de l’écriture dramaturgique et totalise des images d’une réalité inamicale, agressive, ayant d’énormes tumeurs qui broient de manière inexorable la substance vitale du monde roumain d’aujourd’hui. Ce sont des reportages dramatiques habilement conçus, pas du tout illustratifs, qui frappent fréquemment par des répliques concentrant une réalité, une mentalité, une douleur.</p>
<p>Dans <em>Fantoma de la clasa întâi</em> (Le Revenant de la première classe), l’écrivain fait appel au généreux endroit de la gare, endroit des attentes et des rencontres. Toute une série de personnages, qui n’ont pas de noms propres, identifiés seulement par leur appartenance à une certaine catégorie sociale peuplent un espace bariolé, leur longue attente représentant la métaphore de la société roumaine qui se trouve dans une interminable transition. Apparemment fébrile et bruyante, la faune respective est au fond immobile dans un présent boueux, portant dans ses bras, avec culpabilité, l’avenir mort et supportant avec une volupté maladive les agressions du passé dont l’expression maximale est concentrée dans la métaphore „fantoma de la clasa întâi” (Le revenant de la première classe), c’est-à-dire le revenant du communisme et de Ceaucesco. Des vieillards et des sourds, des chefs de quatre sous et des politiciens ignares, des putes et des religieuses attendent ensemble avec entêtement un train qui n’arrive pas. Le politicien, d’ailleurs le personnage le plus intensément dessiné, émet quelques répliques ayant la valeur d’une sentence : « C’est comme ça que j’aime le peuple, gai et inconscient » ou « Nous somme un peuple né dans la salle d’attente ». Ce sont des affirmations qui surprennent avec dureté et cynisme le réel social d’un peuple qui ressent le sentiment que personne n’a plus besoin de lui. L’auteur insère dans le texte toute une série de <em>songs</em> d’extraction brechtienne qui renforcent la dure image du dérisoire et de l’impuissance : « Qui crie, qui hurle/De douleur ou de haine/ Qui demande, qui gueule/On n’entend rien dans le pays ? »</p>
<p>Plus compliquée du point de vue de la construction dramatique, sollicitant des changements spatiaux, mais focalisant avec la même acuité une réalité politique et sociale grave est <em>Lume, lume, soro lume</em> … (Beurré comme un p’tit lou). L’action « se passe à la périphérie, là où, de façon égale, commencent et finissent la ville et le village ». Le désordre coloré de la périphérie ouvrière, en train d’être désaffectée car ceux qui la peuplaient ont perdu leurs lieux de travail, ou du village manquant d’identité expliquent le destin de la catégorie sociale du <em>ţărăşean</em> (combinaison de ţăran – paysan et orăşean – citadin), homme-hybride, ni citadin, ni paysan, lequel, à cause des temps, a abandonné jadis son lieu d’origine étant transplanté dans la ville et entassé dans l’appartement d’un immeuble qui « est comme une sère, nous y mûrissons tôt et pourrissons entement ». Maintenant, on demande aux « <em>ţărăşeni</em> » de parcourir le chemin inverse, de revenir à la campagne, mais le processus signifie un coût humain énorme qui va jusqu’au  prix suprême. Le mensonge arrivé à sa limite est douloureusement ressenti, presque de manière insupportable. Vasile et Gheorghe se sont menti réciproquement, ils ont inventé d’états sociaux à faire envie, qui ont acquis dans leurs lettres des proportions fabuleuses, mais ce qu’on dévoile à l’heure de vérité a des conséquences dramatiques. « Le jardin d’appartement » que Gheorghe a construit est le symbole de l’existence de ces hommes auxquels on n’adresse que l’incitation « cache-toi dans cette maudite chambre afin que la vie ne te retrouve pas ». C’est le mérite de Valentin Nicolau d’avoir traité ce thème du déracinement, pas du tout nouveau d’ailleurs, sans accents mélodramatiques, sans des emprunts populistes, dans les limites aiguës d’une lucidité qui rend le texte en même temps grave et crédible.</p>
<p>D’une toute autre facture stylistique est la troisième pièce du volume, <em>Ca zăpada şi cei doi</em> (Comme la neige et les deux autres), travail apparemment redevable au théâtre de Ionesco, d’où il emprunte certaines prémisses, sans pour autant les absolutiser. Dans la maison d’un petit vieillard sympathique, ayant des petites manies et un matou, fait irruption le locataire indésirable, suivi bientôt par une téléphoniste de hot-line. Le locataire s’avère être un « gagnant de profession », qui participe avec une frénésie suspecte aux concours en avalanche organisés par les programmes de télévision et les journaux, il gagne en désordre de l’argent, des réfrigérateurs, des postes de télévision, machines à laver, voitures de luxe. La maison de celui caractérisé comme « un petit pépère de première classe » se transforme en dépôt, mais – chose intéressante car Valentin Nicolau sort de sous le parapluie ionescien – les personnages ne se soumettent pas à un processus de réification mais, au contraire, ils éprouvent un émouvant sentiment de solidarité l’un envers l’autre. Avec des méandres réflexifs, avec un dispositif des relations habilement réglé, la pièce propose un belle histoire, un conte de fée contemporain qui trouverait bien sa place sur la scène.</p>
<p>La littérature dramatique écrite par Valentin Nicolau, qu’elle soit générée par des circonstances de la réalité immédiate, ou qu’elle soit générée par des circonstances légèrement énigmatiques, a une pulsation vitale et une authenticité. Elle se caractérise par des ouvertures symboliques qui ne rendent pas la fable artificielle, par un fond conflictuel bien gradué de nature à lui faciliter le chemin vers la scène. Il est à souhaiter que ce parcours soit rapide. (<em>Mircea Morariu, Familia, no 9, septembre 2000</em>).</p>
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		<title>MIRCEA GHIŢULESCU &#8211;  Petit évangile profane : Valentin Nicolau</title>
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		<pubDate>Fri, 13 Mar 2009 12:46:56 +0000</pubDate>
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				<content:encoded><![CDATA[<p>(…) Entre temps, l’auteur a complété son œuvre avec une comédie sur les cueilleurs de fraises roumains d’Espagne – <em>Mai jos de Figueras</em> (En bas de Figueras) ou <em>Vecinii noştri de pat</em> (Nos voisins de lit). Un autre Trajan, arrière-neveu de ce tonton Trajan des chansons populaires, né pas loin de l’endroit où l’action se passe, en Italica, est une sorte d’intendant de la communauté roumaine des cueilleurs de fraises. Ce qui peut être exploité visuellement dans ce texte sur la grossièreté des Roumains, <em>n’importe où se trouvent-ils</em>, est la surdimension caricaturale. Les fraises poussent en Espagne dans les arbustes et sont grosses comme les citrouilles. Les Roumains vivent dans les bois parmi les arbustes à fraises où se passent des viols et adultères. C’est un nouveau empire d’un Trajan du Danube qui veut fonder ici un nouvel Etat nommé la <em>Grande Petite Roumanie</em>, pour provoquer justement du dépit à Corneliu Vadim Tudor. Il en résulte une face du requin roumain qui s’autocaractérise avec cynisme dans le style des escrocs de Teodor Mazilu (<em>Mint cum respir /…/ Hai că sunt pregătit. Doar dracul mă depăşeşte</em> – Je mens comme je respire /…/ Allez, je suis préparé. Seul le diable me dépasse), mais on a la sensation, par rapport aux scénarios antérieurs, que l’auteur veut se dédommager des petites offenses subies. Nous avons à faire avec une nouvelle analyse de la Roumanie et de son caractère particulier, pas exactement cioranienne, de toute façon équivoque, avec un accent sur la vulgarité transplantée sur tous le méridiens. Ce qui sauve ces migrateurs modernes est le génie du compromis. N’ont-ils pas inventé la solution de réconcilier la chèvre et le chou et de fraterniser avec le diable jusqu’à ce qu’ils passent le pont ? – se demande de manière rhétorique l’auteur.</p>
<p>Abandonnant la Roumanie et les chimères ceausistes des textes antérieurs, Valentin Nicolau s’installe avec le drame <em>Taina îngerilor</em> (le Mystère des anges) en plein christianisme et fait des spéculations en marge des légendes chrétiennes, pareil aux évangélistes. De manière simplifiée, le sujet choisi par Valentin Nicolau semble une plaisanterie naïve sur l’homme qui a ensemencé la mort et qui va donner naissance à l’téchrist. Au fond, c’est une méditation théologique qui se passe dans un endroit incerte placé entre le <em>Faust </em>de Goethe et les histoires avec diables de Ion Creangă. Tout le cadre chrétien d’une cathédrale est contaminé car ici se trouve le Bar des Dieux où se passent des répétables nuits valpurgiques pendant lesquelles les sorcières s’accouplent avec les démons. Il ne s’agit pas exactement d’une blasphémie, mais le bon Dieu de Valentin Nicolau est absent, paresseux et indifférent : <em>deus otiosus</em>. Il est représenté, par opposition, par Monseigneur Sérafim ou le Confesseur, Satan, l’Ange déchu qui s’est rendu fautif une seule fois provoquant la colère du Tout-Puissant qui l’a punit de stérilité. Mais, grâce à Vladimir, la main droite de Satan, il va découvrir l’homme idéal, le magicien des paroles qui réussira à rendre la mort amoureuse. C’est Dan, l’amant magicien ou la magicien amant qui sait si bien assembler les paroles qu’aucune femme ne peut lui résister. C’est, depuis les premières pages de la pièce, une succinte théorie de l’art et de l’artiste exposée dans de propositions mémorables. Tout est construit sur l’idée de la magie en tant que mensonge imperceptible : « L’artiste et le public concluent un pacte de la magie librement consentie. La fourberie est mai vie .» dit l’auteur par l’intermédiaire de Dan. Il nous tarde d’être trompés, aussi bien dans l’art que dans la vie. D’autant plus que les mensonges se soutiennent l’une l’autre, plus encore, elles se créent l’une l’autre comme dans les histoires de Shéhérazade de <em>Mille et une Nuits</em>. Ce qui importe c’est le nouveau pacte avec le diable que déligne Vladimir, la main droite de Satan/le Confesseur, qui entrevoit en Dan le donateur de sperme tant attendu. Mais pourquoi justement Rosalie/la Mort soit choisie pour donner des fruits ? Car « ce qui ne meurt pas, ne vit pas » et « parce que la mort fait de la place à la vie » joue Valentin Nicolau avec les paradoxes partant des célèbres paroles de l’Evangile de Jean sur le grain de blé qui doit mourir pour donner des fruits. Que peut être plus fabuleux et plus rudimentaire en tant que pensée artistique que imaginer un accouplement. Le plus important écrivain démonologue européen, Ion Creangă, est le seul dans cette partie du monde qui a établi une relation directe avec cette personnification de la fin qui est la mort. Avec la différence que chez Creangă « oyez, oyez, la mort et morte ,,, », comme disait Mihai Mălaimare dans un spectacle inoubliable, et chez Nicolau « écoute, la mort a enfanté ! » Certes, la spéculation est assez compliquée, mais nous avons d’une manière certe une représentation théologique du monde où il est difficile de séparer la blasphémie de l’invocation. Dans ses meilleures pages, Valentin Nicolau fait alterner la poésie religieuse avec l’anathème et la prière ardente. Il aime les sentences (« Ce qui te vainc, t’asservit », « L’attitude correcte envers le diable n’est pas la peur, mais le mépris », « Le rêve est l’ombre d’une chose réelle qui peut devenir réelle », « L’homme est ce qu’il cache », « La beauté de la fourberie ne réside pas dans son secret, mais dans le spectacle qui l’enveloppe » etc.), mais dans ce petit évangile profane les mots sages semblent être à leur place. La mort qui donne des fruits et l’amour qui tue sont deux principes du même mouvement infini de la vie (eros et thanatos, n’est-ce pas ?) que Valentin Nicolau fixe dans une ambitieuse cosmologie à présence thématique rare et sélecte dans la dramaturgie contemporaine. (<em>Mircea Ghiţulescu, Ramuri, no.10, 2008</em>)</p>
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		<title>MIRCEA GHIŢULESCU &#8211; Le Pays du Bingo</title>
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		<pubDate>Fri, 13 Mar 2009 12:46:11 +0000</pubDate>
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		<description><![CDATA[A cause de la Roumanie, Valentin Nicolau est indigné comme Emile Cioran, triste comme Shakespeare et affligé par la vie comme Urmuz. Après avoir lu les trois drames du volume Dacă aş fi un înger (Si j’étais un ange), on s’attendait apprendre qu’il avait mis fin à ses jours sur un banc dans le Bois [&#8230;]]]></description>
				<content:encoded><![CDATA[<p>A cause de la Roumanie, Valentin Nicolau est indigné comme Emile Cioran, triste comme Shakespeare et affligé par la vie comme Urmuz. Après avoir lu les trois drames du volume <em>Dacă aş fi un înger</em> (Si j’étais un ange), on s’attendait apprendre qu’il avait mis fin à ses jours sur un banc dans le Bois de la ville, tel Urmuz. S’il ne le fait pas c’est, probablement, parce que Nicolae Manolescu fait son éloge dans une <em>Postface</em>. Le critique soutient que Nicolau este un vrai dramaturge et il a raison. L’indignation par rapport à la Roumanie, la tristesse et l’affliction que lui provoque la vie t’aident à bien écrire. Il n’y a rien à dire, il y a de suffisants motifs pour être affligé. La Roumanie promise s’avère n’être qu’une Gare misérable, un terrain vague où vont à tâtons les sourds et où les aveugles te rendent sourd. Des canaux surgissent les drogués, les putes clament leur horreur envers le sexe, le tout sous le contrôle d’un politicien plébéien, « un nouveau riche », vieux depuis le monde, et de son « accolyte », le chef de Gare. Les hallucinations d’une mémoire affligée évoque le fantôme de Ceaucescou, « le père des drogués », qui hantait la Gare Roumanie où aucun train ne s’arrêtait. « Chez nous, la fierté nationale est de perdre un train. »</p>
<p>La vie non plus n’est plus gaie que la patrie. Dans le style métonymique de Nicolau, la vie du Roumain est une paire de pantalons donnés une fois pour toutes, rapiécée à l’infini, pièce sur pièce (le Vieillard de <em>Fantoma de la clasa întâi</em> (Le Revenant de la première classe). Que ce soit un renvoi aux reportages de Cristoiu sur le Roumain aux pantalons déchirés derrière ? La vie est une vieillesse toujours renvoyée qui doit être interrompue à un moment donnée, comme on arrête la sonnette d’une montre ou les aiguilles d’une pendule (<em>Ca Zăpada şi cei doi</em> – Comme la Neige et les deux autres). Qu’est-ce que peut être gai dans un espace où l’unique offre de survivance est représenté par les concours bingo ? Ni <em>Comme la Neige</em> (c’est-à-dire ce qui est resté de Blanche comme Neige), une malheureuse provocation érotique à travers la téléphonie hotline, qui pénètre dans le studio de l’autre Vieillard de Nicolau, ne relaxe pas l’auteur afin de lui restituer le désir de vivre. Et le Monde, soit-il « volonté et représentation », n’est pas seulement passager comme dans une connue chanson des racleurs de violon, mais il est justement bon pour être quitté (<em>Lume, lume, soro lume</em> … &#8211; Beurré comme le p’tit lou). La Sagesse (le Vieillard de <em>Fantoma de la clasa întâi</em> – Le Revenant de la première classe), le Village (un village à la manière de Blaga représenté par la Paysanne de <em>Fantoma </em>… -   Le Revenant …) et la Foi mise à quémander l’aumone (la Religieuse) représentent les espoirs humiliés, mais pourtant des espoirs dans la vision de Valentin Nicolau.</p>
<p>La dépression active du dramaturge semblerait être et elle est roumaine par la scénographie, mais aussi universelle par le besoin de réfléchir sur la vie. Avec la différence que l’espace de réflexion n’est plus ni l’Académie de Platon, ni la Clairière de Iocan de Marin Preda, mais la vespasienne. La scène du pissoir où se déroule le dialogue philosophique est emblématique. Cette philosophie de pissoir semble être le signe de la fin d’une civilisation. L’étape quand l’homme n’a plus besoin de philosophie, mais il ne peut pourtant y renoncer et la pratique dans de telles formes rudimentaires. Pareille de manière frappante aux textes semi-obscènes ou carrément obscènes de la musique turco-gitane de la nouvelle Roumanie ou des concours de type bingo où personne ne comprend rien d’autre sauf qu’il ne faut pas avoir une valeur pour être milliardaire.</p>
<p>Ce sont des images de la Roumanie contemporaine altérées par la presse, dont on dirait qu’elles sont composée  d’articles de journal retouchés et transformés en fiction. Images d’un lumpenprolétariat si énergiques qu’elles acquièrent l’apparence de pamphlets dramatiques en manière expressionniste. Chez nous, seul Romulus Guga a pratiqué cette formule que nous pouvons appeler, avec beaucoup de prudence, « brechtienne ». Mais chez Guga les références nationales étaient imperceptibles et facultatives et le Monde en tant que terrain vague, que poubelle de l’humanité, était écrasé non seulement par le promiscuité, mais également par un mécanisme écrasant du pouvoir.</p>
<p>Tendancieux et accusateurs, tels qu’ils doivent être, les pamphlets, les drames de Valentin Nicolau concentrent dans leurs pages, à plusieurs reprises, «cousues de fil blanc » à cause de l’abus de métonymies (Le Monde comme une gare, la vie comme une paire de pantalons rapiécés, les symboles découverts, le langage allusif) une déception intégrale, mais offensive. Mis en scène, ils pourrait avoir la vigueur « de gauche » (au fond existentielle) de la protestation de <em>Împărat şi proletar</em> (Empereur et prolétaire) ou de la dissection du capitalisme de type mafiot des pièces de Brecht. (<em>Mircea Ghiţulescu, Istoria dramaturgiei române contemporane, Bucarest, 2000, Ed.Albatros, p.450-451</em>).</p>
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		<title>MIHAELA MICHAILOV &#8211; Le degré maximum de la mystification</title>
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		<pubDate>Fri, 13 Mar 2009 12:44:47 +0000</pubDate>
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		<description><![CDATA[Adoptant de multiples perspectives, les pièces réunies par Valentin Nicolau dans Dacă aş fi un înger (Si j’étais un ange) convergent vers un effet similaire. La forme dramatique choisie et les types des personnages reflètent un monde sordide et incitant, fascinant par se trivialité et sa misère. Un monde de la périphérie et ses personnes [&#8230;]]]></description>
				<content:encoded><![CDATA[<p>Adoptant de multiples perspectives, les pièces réunies par Valentin Nicolau dans <em>Dacă aş fi un înger</em> (Si j’étais un ange) convergent vers un effet similaire. La forme dramatique choisie et les types des personnages reflètent un monde sordide et incitant, fascinant par se trivialité et sa misère. Un monde de la périphérie et ses personnes où se joue le spectacle souvent grotesque des pantins de fond, sortis tour à tout sur le devant pour reprendre leurs rôles. Un monde où coexiste mieux que n’importe où « la foi et le manque de foi », Dieu et les anges déchus.</p>
<p>Avec une minutie cinématographique, habilement dosée, chacune des trois pièces – <em>Fantoma de la clasa întâi</em> (Le Revenant de la première classe), <em>Lume, lume, soro lume </em>… (Beurré comme un p’tit lou) et <em>Zăpada şi cei doi</em> (La Neige et les deux autres) – surprend des détails apparemment insignifiants, captés dans des répliques ambigües, qui font alterner de manière ingénieuse les constatations banales avec les allusions abstraites, le cynisme morbide avec le pathétisme, misant sur l’expressivité de l’absurde. Le marginal se transforme ainsi dans un cadre spectaculaire par excellence. Des personnages génériques (le Vieillard, le Locataire, le Voleur), <em>masques</em> qui cachent le vide de la recherche chaotique, jouent et déjouent les rôles d’une continuelle attente, de type beckettien : « Nous commencerons demain depuis le début … Demain … »</p>
<p><em>Fantoma de la clasa întâi</em> (Le Revenant de la première classe) a pour protagoniste un personnage emblématique, Le Voyageur, surpris dans son hypostase caractéristique, l’attente obsédante d’un train sur le quai d’une gare. Les trains se succèdent devant les yeux des spectateurs-acteurs, mais ne s’arrêtent jamais. Les voix du quai – le Politicien, la Pute, la Religieuse – et les figurants – Drogués, Aveugles, Sourds – déclinent tour à tour leur état privilégié et en même temps damné, auquel ils adhèrent de manière programmatique : « Au lieu de partir quelque part, c’est mieux d’attendre partir nulle part … Nous sommes un peuple apparu dans la salle d’attente. » Une salle-cadre proposant un tableau générique, d’où chaque personnage se détache dans le final pour préparer sa « nouvelle » attente : « Les personnages rentrent dans leur propres valises et ferment le couvercle. » Le quai dispose ses actants en fonction de sa propre cohérence, imaginant un espace étrange et pourtant familier, pouvant être facilement reconnu grâce à chaque détail inséré, conférant aux discours performants des significations complémentaires : « Les Aveugles, les Sourds, les Drogués : « Nous ne voyons pas ? nous n&#8217;’entendons pas ? Pas nés, et pourtant vivants ? De la gare un morceau, sommes-nous en petit nombre ? Nous ne nous racontons pas … » Au bout de ce monde-quai prend contour une autre gare, d’où arrive le chant saccadé de la Religieuse, revenant sous d’autres formes dans les autres pièces, suggérant une ouverture virtuelle : « Si j’étais un ange volant par-dessus, les rails du train me sembleraient comme les lignes de la main … »</p>
<p>Dans <em>Lume, lume, soro lume</em> … (Beurré comme le p’tit lou), l’espace est celui des locaux sordides, accentuant, ainsi qu’il est mentionné dans les indications scéniques, le dérisoire de l’atmosphère, l’état d’attente/stagnation inévitable : « Nous tuons notre temps en attendant ». Les dialogues alertes des personnages reviennent sur un motif central de la dramaturgie de Valentin Nicolau : l’échec dissimulé et l’implicite mystification de la réalité, l’apparent salut à travers une fausse identité, perçue comme compensatrice, mais en réalité destructive.</p>
<p>Sur cette stratégie mystifiante est construite et <em>Ca Zăpada şi cei doi</em> (Comme la Neige et les deux autres). Les personnages se rapportent à un <em>alter ego</em> imaginaire (en tant qu’ordre temporel ou mode d’existence), s’assumant un jeu à implications duales, sans pour autant annuler la marge de lucidité nécessaire :</p>
<p>« Il n’y a pas « mille et une nuits ». Il n’y a que nuit après nuit. Et toutes sont noires et tourmentées ». Chaque personnage construit son identité temporaire, sa part de destin, pour transgresser l’état de normalité et instituer un autre type de représentation. La mimique artificiellement imposée transforme les visages en grimaces et les partitions dramatiques dégénèrent dans le cabotinage. Le tout dévoilant et dissimulant en même temps une forme de mystification de toute l’histoire : « Pépère, tu mens le monde en racontant l’avoir vécu. »</p>
<p>Sous la forme d’intéressantes paraboles, la dramaturgie de Valentin Nicolau  concentre des aspects de la société roumaine d’après 1989, figurés dans toute leur matérialité (musique de périphérie, jeux de bingo, drogués), caractéristiques  pour l’espace qui s’étend beaucoup au-delà du monde des gares et des périphéries. (<em>Mihaela Michailov, Observator cultural, no.26, du 22 août 2000</em>).</p>
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		<title>MARINA CONSTANTINESCU Ecrire. Jouer (a)</title>
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		<pubDate>Fri, 13 Mar 2009 12:40:16 +0000</pubDate>
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				<content:encoded><![CDATA[<p>Le problème de la dramaturgie roumaine contemporaine semble être qu’on en discute plus qu’on en joue. Les dramaturges de la vieille génération continuent à écrire – le plus joué reste Dumitru Solomon et, dans un autre plan certes,  Matei Vişniec – qu’on joue en France, en Roumanie, mais également en Amérique. Les dramaturges de la nouvelle génération persistent à apparaître, à s’exprimer et à être mis en scène. Parfois. Je pense à Vlad Zografi, Radu Macrinici et autres. Un nom intéressant entré dans le rang des dramaturges avec beaucoup de modestie et pas beaucoup de tapage est celui de Valentin Nicolau, géologue de son métier, directeur des Éditions Némira de Bucarest. De fait, le background des nouveaux dramaturges est plutôt technique ou scientifique que humaniste : physiciens, ingénieurs  e.a.d.s. Ce qui apporte et une autre mise en valeur de la Parole, peut-être une plus grande concision et, pas en dernier lieu, un autre type d’expérience humaine, un autre type de réception de la réalité.</p>
<p>Le volume de Valentin Nicolau <em>Dacă aş fi un înger</em> (Si j’étais un ange), publié par les Editions Némira, met très bien en valeur les affirmations de plus haut. Il comprend trois pièces, nous ne savons pas si l’auteur a écrit et d’autres pièces, trois pièces remarquées dans de différents concours : la première – <em>Fantoma de la clasa întâi</em> (Le Revenant de la première classe) ou <em>Dacă aş fi un înger</em> (Si j’étais un ange) a été nominalisée au prix UNITER pour « La meilleure pièce roumaine de l’année 1998 » ; la deuxième, <em>Lume, lume, soro lume</em> …(Beurré comme un p’tit lou …) a reçu, une année plus tard, en 1999, la même distinction ; la troisième, <em>Ca Zăpada şi cei doi</em> (Comme la Neige et les deux autres) a reçu le Grand Prix du Concours de dramaturgie originale « Camil Petrescu », VII<sup>ème</sup> édition 1999, concours organisé par le Ministère de la Culture. L’ordre de leur mise en volume n’est pas seulement un ordre chronologique, disons non pas seulement dans le sens de l’importance … des prix. Non. L’ordre marque également un accomplissement de l’écriture, du sens dramaturgique et scénique. Car il faut dire une chose extrêmement importante, les trois pièces de Valentin Nicolau ne sont pas élaborées en premier lieu comme littérature, mais comme proposition pour le spectacle. Les répliques sont alertes, directes, les personnages de son monde ne parlent pas d’une manière sophistiquée, mais développent d’une manière évidente, plutôt à travers les situations, le contexte et les situations dans lesquelles ils évoluent, une parabole de notre réalité immédiate. Valentin Nicolau est plein d’idées et met son réflecteur sur l’individu, sur les types de relations dans la société postcommuniste. La « faune » de ses pièces politiques, abstraites ou psychologiques est pleine du sens de l’existence, cruel, tranchant, impitoyable peut-être, un univers non-maquillé, mais ordonné à travers les paroles. Le type de conflit semble banal parce qu’on le rencontre à chaque coin de rue. Motif grâce auquel il ne frappe pas immédiatement. En dessous pourtant circulent les troubles, l’aliénation, la perte de l’identité, nos obsessions quotidiennes, les problèmes spécifiques à la transformation de notre société postcommuniste, porteuse des tares du passé et accablée des tares du présent, mais également par les tares universelles, des hommes déboussolés sur le seuil du millénaire. Ces fils se ramassent autour des personnages, les étranglant ou du moins agaçant leur être. Dans les trois pièces, on cherche la redéfinition de l’homme dans cette fin de siècle, les possibilités d’adaptation à la réalité, la suspension des échecs. Pourtant, dans toutes les pièces, l’échec dans le plan individuel ou dans le plan de la société est présent, il est le personnage principal. Un humour noir, sordide, voir cynique, traverse le volume <em>Dacă aş fi un înger</em> (Si j’étais un ange).Les personnages semblent avoir perdu leur ange gardien, semblent être abandonnés par un sens vers lequel se dirige la vie, choisissant le hasard, le contexte meilleur ou moins meilleur, presque pas sauveur.</p>
<p><em>Fantoma de la clasa întâi</em> (Le Revenant de la première classe), nous fait passer un temps plus long dans une gare, pas pour prendre le train, mais pour observer. De toute manière, il semble que dans cette gare aucun train ne circule ou, autrement dit, il semble que <em>ce train</em> dont tout le monde a besoin n’arrive pas : le train qui nous arrache au passé et qui nous mène vers un présent, sinon vers un avenir. Le texte est également politique et social. C’est une étude de cas, théâtrale, de la Roumanie d’aujourd’hui. Dans les salles d’attente s’agite un chef opportuniste – chef sur les impotences et les désastres – et une prostitué, une religieuse, des pseudo-sourds et pseudo-muets en tant que masse de manœuvre, une paysanne, des drogués et, évidemment, un politicien démagogue, dirigeant les marasmes de la transition. Le fantôme du dictateur épouvante encore, mais le train vers une société constituée est à attendre. <em>Lume, lume, soro lume</em> … (Beurré comme un p’tit lou …) a un découpage persque cinématographique. Ici aussi, on peut y reconnaître les espaces de la pièce précédente: la gare, les tavernes. La situation se complique tant humainement et moralement que socialement : des hommes déracinés, des paysans transférés à la ville pour les zones industrielles (nommés par l’auteur avec une formule hybride explicite : ţărăşeni (de ţăran – paysan et orăşean – citadin), abreuvés par le mensonge et la misère, condamnés à ne plus jamais retrouver le sens de leur vie et leur accomplissement. Une seule solution (pas une révolution) semble être vraie : la mort, mais par le suprême péché chrétien – le suicide.</p>
<p>Peut-être la plus accomplie et ayant un poids est <em>Ca Zăpada şi cei doi </em>(Comme la Neige et les deux autres), très proche d’un théâtre absurde, moderne en tant qu’écriture, avec un humour contenu et très souple, une pièce pas du tout politique, mais je dirais métaphysique. Les trois personnages sont mis tous, ensemble, dans des situations qu’ils n’on jamais vécues. Un vieillard seul et solitaire, plein de manies et de souvenirs, se retrouve un beau jour avec un locataire indésirable, qui attire après soi, tel un aimant, une téléphoniste de la « ligne chaude ». Une série de mésententes mystifient presque la vérité et les projette en plein absurde. Le Locataire se transforme dans un joueur pour tout ce qu’on a inventé : bingo, « tu écoutes et tu gagnes », « tu regardes et tu gagnes », « tu te tais et tu gagnes » etc. Il n’est pas seulement un joueur, mais le gagnant par excellence. Le studio du vieillard se transforme bientôt dans un dépôt trop petit de téléviseurs, presse-fruits e.a.d.s. Une telle aventure, le vieillard n’avait jamais vécue. De même, la téléphoniste, violée dans son enfance, n’avait pas découvert jusqu’à cette bizarre et tensionnée conivence, ce qui signifie aimer. Elle a été guérie de ses traumas. Une seule chose échappe à tout contrôle : la Locataire n’a pas une identité. Il a emprunté son nom au minou du vieillard. Avec l’assassinat du matou, son mystère se dissipe. Et l’individu disparaît. Comme il est venu, sans crier gare. Mais troublant un ordre déjà établi.</p>
<p>Nous attendons avec impatience qu’au moins une des pièces arrive dans les mains d’un bon metteur en scène. Un spectacle sur un texte de Valentin Nicolau aura une prise auprès du public et réunira et les exigences des spécialistes. Sous une forme ou une autre, nous nous rencontrons tous dans le monde du dramaturge Valentin Nicolau parce que c’est notre monde, celui de la fin … du monde. (<em>Marina Constantinescu, România literară, 2000</em>).</p>
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		<title>MARIAN POPESCU &#8211; Un dramaturge qui sait choisir ses sujets</title>
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		<pubDate>Fri, 13 Mar 2009 12:39:06 +0000</pubDate>
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		<description><![CDATA[Le deuxième volume de théâtre de Valentin Nicolau, Ultimul împărat (Le Dernier Empereur contient, pareil au premier – Dacă aş fi un înger (Si j’étais un ange), Éditions Unitext, 2000 – trois pièces ; les deux volumes ont pour titre le sous-titre de la pièce qui ouvre le volume, tous les deux ont une postface signée [&#8230;]]]></description>
				<content:encoded><![CDATA[<p>Le deuxième volume de théâtre de Valentin Nicolau, <em>Ultimul împărat</em> (Le Dernier Empereur contient, pareil au premier – <em>Dacă aş fi un înger</em> (Si j’étais un ange), Éditions Unitext, 2000 – trois pièces ; les deux volumes ont pour titre le sous-titre de la pièce qui ouvre le volume, tous les deux ont une postface signée par deux critiques littéraires de notoriété (le premier par Nicolae Manolescu, le second par Dan C.Mihăilescu), les deux ont la couverture réalisée par l’auteur même. Les symétries s’arrètent pourtant ici, car entre les deux volumes il y a une différence donnée par l’option du sujet et du thème.</p>
<p>Nicolau fait peut-être partie d’un petit nombre d’écrivains de théâtre qui savent choisir leurs sujets. Dans la dramaturgie roumaine d’après 1990, où les hiérarchies, les thèmes et les sujets des dramaturges d’avant 1989 n’ont pas été encore réévalués, les écrivains qui ont en vue la scène théâtrale, qui se situent en relation directe avec celle-ci sont très rares. Nos scènes, d’autre part, sont très conservatrices en ce qui concerne l’accueil de nouveaux auteurs et textes. On a écrit/discuté longtemps sur ce fait, constatant plutôt un désidératum, une carence, un déficit sans remarquer pourtant que, beaucoup de fois, l’inactualité de la démarche du dramaturge, conjuguée à l’inactualité du management de l’institution théâtrale, produit des effets inacceptables pour la représentation scénique des nouvelles pièces roumaines de théâtre. Valentin Nicolau cherche à sortir de cette inactualité avec ses volumes publiés jusqu’à maintenant.</p>
<p><em>Ultimul Împărat</em> (Le Dernier Empereur) produit un théâtre où les thèmes du sociopolitique, attribut du premier volume, sont protégés par l’option pour la séduction : politique, électorale, amoureuse. S’il est vrai, selon Dan C.Mihăilescu dans sa <em>Postface</em>, que le Pouvoir et son transfert « forment le dénominateur commun » des trois textes, pour moi, l’anatomie de la séduction semble être la zone où se retrouvent les nouveaux sujets de l’écrivain. Il semble que Nicolau – autrement que Alina Mungiu dans <em>Evangheliştii</em> (Les Evangélistes) et <em>Studioul zero</em> (Le studio zéro), ou Vlad Zografi dans <em>Petru</em> (Pierre) ou <em>Oedip la Delphi</em> (Oedipe à Delphes) – structure sa démarche dramaturgique sur des lignes de force poursuivies avec une certaine pédagogie dans le choix des thèmes. <em>Fotograful Maiestăţii Sale</em> (Le Photographe de Sa Majesté) (ou <em>Ultimul Împărat</em> – Le dernier Empereur) reprend l’ancien thème du Pouvoir qui fascine et produit l’inflation de l’ego dans des données paraboliques. La terreur est en même temps un exercice de la lucidité du dirigeant, mais également un exercice de la folie : la relation du dirigeant avec le temps, par l’intermédiaire du Photographe arrivé à la cour, est d’un autre ordre que, disons, celle de la pièce <em>A treia ţeapă</em> (Le troisième Pieu) de Marin Sorescu où Ţepeş est modèle pour le tableau du Peintre. Chez Nicolau, l’Empereur est sacrifié lorsque le monde qu’il a modelé ne peut plus le comprendre : gonflable, son empire est un projet qui l’approche d’un Dieu absent. Le Bouffon, le frère, est celui qui va reprendre la «gestion ». On a besoin d’une autre image, dans un monde où l’image se substitue au naturel. La séduction appartient au Pouvoir, à une prise en possession où la sexualité du Pouvoir est profondément impliquée. Les avatars de cette idée dans la Roumanie d’après 1989 ne sont pas négligeables et de cette manière, avec cette pièce, je pense qu’il s’impose une direction d’aborder la politique dans l’acte du pouvoir qui n’a pas été abordée jusqu’à maintenant.</p>
<p>La seconde pièce <em>Zi că-ţi place !</em> (Dis que tu aimes ça !) est un exercice didactique sur le thème de la séduction-possession sexuelle générée par le tourment électoral.</p>
<p>Les candidats, réunis à la rencontre finale, sont poursuivis à la télévision par une Femme qui veut voir en chacun d’eux l’Homme, au-delà des promesses électorales. Les détailles physiques sont analysés dans un langage tantôt comique, tantôt dramatique, l’excitation de la Femme arrivant à de différentes phases, ainsi que sa désillusion et insatisfaction devant les prétentions toujours les mêmes des Dons Juans politiques. Ses projections, ses désirs « arrachent » de l’écran les candidats mais, évidemment, ce qui va se passer est en contraste violent avec ce qu’elle attendait. Le viol « politique », la langage sexuel-politique ont développé des images fortes dans la journalistique roumaine, depuis <em>Académia Caţavencu</em> au célèbre article de Cristian Tudor Popescou : <em>Un crachat en pleine face de la classe politique</em>. Comme on peut se rendre compte, Valentin Nicolau transfère, avec d’autres moyens, le thème de sa première pièce dans le plan ironique-pragmatique du jeu érotique : la séduction est, en fait, un argument électoral fort. N’oublions pas comment a été considéré la figure de Petre Roman, par exemple, par une partie de l’électorat féminin pendant les périodes électorales.</p>
<p>Enfin, <em>Ultima haltă în Paradis</em> (La dernière Halte au Paradis), est l’image du séducteur qui entraîne son successeur. Mitică, un Don Juan maintenant hospitalisé, à exerce le transfert du « pouvoir » avec le plus jeune Ionel, un sparring-partner qui, tel le Bouffon de la première pièce, va prendrea sa place. Le monde de l’hôpital, de la corporalité en souffrance, exacerbe le jeu érotique. Nicolau s’avère ici un esprit analytique extrêmement intéressant, plein d’ironie et de grotesque.</p>
<p>La marque de ce volume est donnée par un langage théâtral personnalisé. Sa dramaturgie a maintenant un contour, l’auteur devenant maître des techniques de construction du conflit, mais, surtout, de cette intuition de l’humain métamorphosé par les mutations fondamentales qui se sont passées dans la société roumaine de la dernière décennie. C’est ce qui différencie les nouveaux dramaturges. Son volume a une unité difficile à retrouver chez les autres. Des auteurs plus nouveaux, avec des volumes récents, tels Alina Nelega, Saviana Stănescu (avec ses quatre textes pour le théâtre, <em>Black Milk</em>), Stefan Caraman (avec <em>XXI scènes de la vie de Stefan</em>) et Cristian Juncu – <em>Două piese de teatru</em> (Deux pièces de théâtre), délimitent déjà avec certitude la nouvelle dramaturgie roumaine. Après les centres d’intérêt apparus de l’écriture d’auteurs tels Zografi, Mungiu, après les expériences produites par les auteurs cités plus haut, la dramaturgie de Valentin Nicolau est une offre sûre pour la scène théâtrale. (<em>Marian Popescou, Observator cultural, no.73, juillet, 2001</em>).</p>
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		<title>DORU MAREŞ &#8211;  Le pays de péripherie</title>
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		<pubDate>Fri, 13 Mar 2009 12:37:51 +0000</pubDate>
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		<description><![CDATA[Lauréat du Concours de dramaturgie « Camil Petrescu » et plusieurs fois nominalisé au Concours « La meilleure pièce de l’année », le premier sous le patronage du Ministère de la Culture et le second sous le patronage de l’UNITER, Valentin Nicolau marque par son début aux Éditions Unitext, avec le volume Dacă aş fi un înger (Si j’étais [&#8230;]]]></description>
				<content:encoded><![CDATA[<p>Lauréat du Concours de dramaturgie « Camil Petrescu » et plusieurs fois nominalisé au Concours « La meilleure pièce de l’année », le premier sous le patronage du Ministère de la Culture et le second sous le patronage de l’UNITER, Valentin Nicolau marque par son début aux Éditions Unitext, avec le volume <em>Dacă aş fi un înger</em> (Si j’étais un ange), un point gagnant de la dramaturgie contemporaine. Connu jusqu’à présent comme directeur d’une des plus prestigieuses maisons d’édition roumaines, Némira, le nouveau dramaturge est en réalité un écrivain qui maîtrise très fermement ses outils, ayant un style personnel évident et une bonne intuition du nécessaire de théâtralité du texte joué sur la scène. Offrant, dans ce premier livre, trois textes dans un crescendo de valeur, Valentin Nicolau bénéficié également  d’une postface consistante signée par Nicolae Manolescu. Certes, la première intuition critique est une voie d’accès au jeu des connotations des textes : « C’est un théâtre abstrait, postpsychologique et postréaliste, politique en essence à l’exception de <em>Ca</em> <em>Zăpada şi cei doi</em> (Comme la Neige et les deux autres) -, d’une certaine façon dans la manière de Brecht, pittoresque, spirituel et dynamique. » Personnellement, je pense que l’essence politique ne manque pas à la pièce signalée par Nicolae Manolescu, quoique le plan où cet élément se laisse déceler appartient, évidemment, au subtexte, contrastant avec le premier texte <em>Fantoma</em> <em>de la clasa întâi</em> (Le Revenant de la première classe), dont le défaut réside justement dans la parabole trop transparente. En tout cas, les deux derniers textes du volume se retrouvent dans des compagnies culturelles heureuses, couvrant l’espace vide laissé par les voisins auxquels je vais faire immédiatement référence.</p>
<p>Lauréates la même année (1999) aux deux concours essentiels de dramaturgie roumaine (« Camil Petrescu » et « La meilleure pièce de l’année »), <em>Ca Zăpada şi cei doi</em> (Comme la neige et les deux autres) de Valentin Nicolau et <em>Apocalipsa gonflabilă</em> (L’Apocalypse gonflable) de Saviana Stănescu couvrent, de deux angles fortement personnalisés, l’image d’une société dont la dernière solution consiste dans les différents types de bingo, la loterie dans tous ses états, celle qui agresse à travers les média, plus que jamais, les individus dérapés dans de vieilles angoisses (en tant que apanage de la condition humaine) et de nouvelles angoisses (en tant que réalité de fait). Si pour Saviana Stănescu l’angoisse est projective, dans une sorte de SF qui prend pour témoin l’humour noir et la poétique explosive du jeu de mots et d’idées, pour Valentin Nicolau le monde où Dieu est remplacé par la loterie provoque un texte plus proche du réalisme psychologique, détourné esthétiquement par un penchant vers le ludique ponctué d’humour pour des raisons strictes d’équilibre. Trois personnages suffisent à Valentin Nicolau pour définir son domaine : le Vieillard, le Locataire et la Téléphoniste. Le deuxième détient le monopole du gain perpétuel aux loteries médiatisées, la femme, traumatisée un peu sexuellement excelle de nuit sur une ligne érotique. Le Locataire joue par ennui, pour survivre, sans encaisser l’argent (ce qui l’aurait conditionné comme garant du système qui lui avait provoqué l’ennui), car « Celui-ci est le pays du Bingo Empereur. L’Empire du leurre  et de la tromperie. La psychose nationale est le milliard, le pays de <em>Tu-regardes-et-tu-gagnes</em>… » Pour le Locataire, l’utilisation victorieuse du système est la preuve d’une compatibilité généralisée dans l’absurde. Le refus ultérieur, par la disparition et le défi de la médiatisation, est constitué par l’intuition d’annuler l’entrée en résonance avec le système. « Qu’elle est difficile la vie extra-utérine ! » exclame à un moment donné le Locataire, définissant l’état qu’il fuit, en construisant son anonymat : « La vie est un documentaire entre la digestion et les excréments. Sur la chute des cheveux, le rhumatisme et les psychoses … Solitude et …» Malheureusement, sonne le facteur qui apporte un autre sac de gains, de sorte qu’il nous reste à pressentir le dernier terme de cet état qui provoque l’ennui, le cafard qu’on appelle vie. Une sorte de glissement dans un état de fiction que personne n’a sollicité, un état de fiction à la carte que nous tous consommons, il est vrai, assaisonné, dans le meilleur de cas, avec des commentaires non-décisifs. C’est une fiction qui nous crée et non une fiction que nous créons, d’où le titre. La neige est la neige de Blanche Neige, nom de scène, enfin de fil, de la Téléphoniste. Le Vieillard est soumis à la fiction de la mémoire, plus habile parmi les tombes des amis. Refusant l’identité, les systèmes d’identification, transfuge dans le monde libre de l’anonymat où, à la fin, tout avenir est possible, il n’y a que le Locataire qui se sauve. Ou peut-être non ? …</p>
<p>Le deuxième texte, <em>Lume, lume, soro lume</em> … (Beurré comme le p’tit lou), continue le jeu des voisinages culturels, rendant encore plus évidente la vocation cinématographique des textes de Valentin Nicolau. Nous nous trouvons, maintenant, au-delà de l’espace ouvert du studio de <em>Ca Zăpada şi cei doi </em> (Comme la Neige et les deux autres), nous sortrons dans le quartier sans quitter les obsessions du dramaturge. Les traumas sont presque les mêmes, mais il y manque la solution, le Locataire. La fiction qui nous fait vivre est assumée pourtant ici par un couple d’amis : Vasile et Gheorghe. Les deux ont fuit leur village natal et, orgueil/salut de l’échec, ils vont construire chacun pour l’autre l’image du vainqueur avec initiative, un autre modèle du milliardaire du bingo. Vasile va chercher rompre la fiction en revenant chez soi (Scarlett O’Hara de quartier, bien entendu), la voie initiatique passant continuellement par la foire, par le marché aux puces (à chaque scène impaire du premier acte) et par la taverne (dans les scènes à nombre pair). Ce qui résulte finalement est un texte savoureux, dépassant le mélodrame du <em>Maidanul cu dragoste</em> (<em>Le Terrain vague de l’amour</em>) ou de <em>Sfânta Mare Neruşinare</em> (<em>La Grande et Sacrée Effronterie</em>)<em> </em>de G.M. Zamfirescou, mais aussi l’exotisme de <em>Groapa</em> (<em>Le Trou</em>) de Eugen Barbu. Les « ţărăşenii » de Valentin Nicolau n’ont rien d’agréable, idyllique ou exotique. Probablement le texte en soi, humoristique par manque d’alternative tel le rire jaune, si je ne me trompe pas. Le « ţărăşean » est une combinaison de paysan et citadin, vivant dans un monde bien défini par la Prêtre : « Les grands pécheurs du monde ainsi que ses saints ne vivent pas dans les périphéries. Des mélanges plus gris de foi et de non-foi on ne trouve que dans nos quartiers. » On y boit donc (ainsi que le dit la chanson « Oublie que la vie est dure »), on voudrait y faire aussi autre chose, mais on y boit toujours, car le salut n’arrive de nulle part, car la construction engendre des monstres (le sommeil, n’est-il pas, à son tour, une fiction qui nous fait vivre ?). « Notre village n’est pas là, mais à ce moment là », constate Gheorghe et, dans l’absence d’une machine du temps, il y reste encore la suicide dans le simulacre de jardin suspendu dans un appartement de périphérie. Là où surgit, des vapeurs de l’ivresse, la fulgurante vérité (« Nous marchons dans le jour d’hier, même si on respire le jour d’aujourd’hui ») inutilement, car la solution pour ceux qui n’arrivent jamais à l’illumination suicidaire est non pas le retour à la nature, mais le retour à la boisson : « Ici, l’homme oublie que la vie se fout de lui et s’en moque … Le tout est de savoir la faire supportable. C’est pour cela qu’il y a la musique de quartier, la boisson à bon marché et la femme généreuse. »</p>
<p><em>Fantoma de la clasa întâi</em> (Le Revenant de la première classe) sera la sortie complète dans le social et dans l’histoire, une parabole de la Révolution, peut-être justement à cause de cela plus risquante, en dépit des différents trucs techniques utilisés par Valentin Nicolau. La signification essentielle a, ici encore, un rappel à des voisinages livresques, autrement arrangés : la pièce aurait pu s’intituler plus facilement <em>Le Vieillard aux alumettes</em>, le jeu du vieillard qui vérifie les rails dans une gare inutile, où le train qui passe trouve invariablement les voyageurs soit plongés dans le sommeil, soit occupés à d’autres choses similaires au sommeil. On dirait que ce texte est l’espace d’entraînement du dramaturge afin d’avoir l’intuition des thèmes des deux autres. Si la technique est inventive, la typologie est classique et sans surprises, par la nécessité de la démonstration. Valentin Nicolau a bien l’intuition du vice des thèses d’où également le passage dans d’autres espaces de l’esthétique dans les textes suivants. (<em>Doru Mareş, Observator cultural, no.26, 22 août 2000</em>).</p>
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		<title>Dan C. Mihailescu &#8211; LE POUVOIR EST TOUT, C’EST-A-DIRE RIEN</title>
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		<pubDate>Fri, 13 Mar 2009 12:31:51 +0000</pubDate>
		<dc:creator><![CDATA[admin]]></dc:creator>
				<category><![CDATA[Chroniques]]></category>

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		<description><![CDATA[Valentin Nicolau a intrat relativ târziu în atenţia lumii teatrale, ca nume nou în tânăra literatură dramatică postceauşistă.]]></description>
				<content:encoded><![CDATA[<p>Valentin Nicolau est entré relativement tard dans l’attention du monde théâtral, en tant que nom nouveau dans la jeune littérature dramatique post-Ceaucescou. Pendant que les élites conservatrices frissonnaient d’horreur lors de la parution de <em>Evangheliştii</em> (Les Evangélistes) de Alina Mungiu, et Vlad Zografi reprenait avec <em>Petru</em> (Pierre) le fil rompu du théâtre roumain depuis <em>Iona</em> (Ionas) et <em>Paracliserul</em> (Le Sacristain), pendant que Matei Vişniec revenait sur les scènes plus ou moins conservatrices comme un démon épigone de Becket et Ionesco, et Horia Gârbea choquait son auditoire avec ses savoureux inter- textualismes postmodernistes, Valentin Nicolau, fraîchement directeur des Éditions Némira, était en plein essor de synchronisation de nos teen-agers avec la SF américaine, nous apportant sur un plateau Stephen King ou commençant le publication de la série I.P.Coulianou …</p>
<p>L’année passée, lorsque son volume <em>Dacă aş fi un înger</em> (Si j’étais un ange) paraissait aux Éditions Unitext, il avait été déjà nominalisé au concours UNITER « pour la meilleure pièce de théâtre roumaine de l’année », ainsi qu’au concours de dramaturgie originale organisé par le Ministère de la Culture. Et si des noms plus récents, tels Radu Macrinici et Saviana Stănescu, surprenaient moins que l’arrivée dans le théâtre d’un poète ayant deux décennies de lyrisme métaphysique, tel Ion Mircea, les pièces de Valentin Nicolau ont imposé une maturité déjà forgée pour la scène. Un artisan complet, doté d’une disponibilité remarquable et ayant de l’assurance dans tout ce qu’il fait. Ainsi que le disait Nicolae Manolescu dans la postface de ce volume, « Valentin Nicolau est, incontestablement, un dramaturge qui sait comment on fait une pièce, maître de ses répliques, avec du naturel dans le langage et, pas en dernier lieu, plein d’idées de théâtre. Toutes ses pièces peuvent être mises en scène. Elles sont pensées pour la scène. La main du metteur en scène ne doit retoucher que des broutilles. »  Dans son volume de début, la Roumanie apparaissait dans <em>Fantoma de la clasa întâi</em> (Le Revenant de la première classe) comme un gare évitée par tous les trains, où il n&#8217;y a que la prostitution qui travaille, où les jeunes sont contaminés de manière irrépressible par le mercantilisme et l’amoralité des leaders et sur laquelle plane le fantôme de Ceaucescou. Et toujours la Roumanie, en tant que perte de l’identité (le thème de l’ « impossible retour »), était le centre de la pièce <em>Lume, lume, soro lume </em>… (Beurré comme un p’tit lou) : la paysannerie à jamais altérée, l’urbanisation forcée faite par le communisme en tant que destruction du tissus social e.a.d.s., enfin Ca <em>Zăpada şi cei doi</em> (Comme la neige et les deux autres), où un jeune insurgent arrive à gagner tous les concours qui forment l’actuelle bingomanie de la Roumanie, ce qui, naturellement, lui empoisonne irrémédiablement l’existence, son être et la communication avec les autres.</p>
<p>Cette fois-ci, la Roumanie – en tant qu’obsession d’une somme de vices de la transition post-dictatoriale – passe au plan second, celui de la suggestion, laissant les situations généralement valables envahir d’une manière ahurissante les royaux significatifs. L’ironie, la charge, l’humour bonhomme, compréhensif, mais aussi les poussées satiriques de <em>Dacă aş fi un înger</em> (Si j’étais un ange) sont remplacés maintenant par une impulsion vers la bouffonnerie, vers l’absurde bruyant ou le ludique gratuit. Certes, à la rigueur, on pourrait dire que la femme de <em>Zi că-ţi place</em> ! (Dis que tu aimes ça) est la personnification de la Roumanie violée sans arrêt par le politiciens (ainsi que le disait Mircea Dinescu), seulement que le mécanisme sexuel à travers lequel le Pouvoir agit sur l’électorat est vieux depuis que le monde est monde (hypnose, possession, orgasme, infidélité, sadomasochisme, perversité, acte ludique, pré- et post ludique e.a.d.s.). En tout cas, les cinq échecs à travers lesquels l’Objet électoral est pseudopossédé par les sujets-candidats peuvent être joués dans n’importe quel coin du monde, dans n’importe quelle mise en scène, avec – bien entendu – les corrects attributs locaux. D’ailleurs, le Pouvoir et son transfert composent le dénominateur commun des trois textes ici présents. Le Pouvoir absolu, passé depuis le roi au bouffon, dans <em>Fotograful Maiestăţii Sale</em> (Le Photographe de sa Majesté (« l’Empereur et le Bouffon sont des frères issus de la même mère »), le pouvoir médiatique et le transfert fantasmagorique depuis l’individu courreur de <em>Zi că-ţi place !</em> (Dis que tu aimes ça !), le crépuscule du pouvoir sexuel et la pédagogie de son transfert, dans le cas du Don Juan Mitică de <em>Ultima haltă în Paradis</em> (La dernière Halte au Paradis). Le Pouvoir est tout, et le tout … c’est-à-dire rien ! – voilà la morale des fables.</p>
<p>Par rapport aux pièces du volume précédent, un autre changement important d’accent fait que ce soit l’acteur qui bénéficie maintenant de la générosité du texte et non pas le metteur en scène. Si dans des pièces telles que <em>Fantoma de la clasa întâi</em> (Le Revenant de la première classe) la fantaisie de la mise en scène a des redoutables chances de liberté et invention, dans <em>Ultimul Împărat</em> (Le Dernier Empereur) la variété, la saveur, la couleur et l’ambiguïté captivante appartiennent aux acteurs (comme dans le cas , disons, du couple Petru-Zotov de <em>Petru</em> (Pierre) de Vlad Zografi). En revanche, une provocation sérieuse est représentée par la gradation légèrement surprenante de la pièce, décollant par un ludique énorme et d’une certaine manière gratuit, évoluant de manière ambivalente entre la dérison et le sérieux, pour atterrir sur le sol de la parabole sacrifiée quasi-biblique.</p>
<p>La vérité c’est que écrire sur le théâtre d’un auteur dont on n’a jamais vu sur scène les créations est une chose qui ressemble un peu à l’histoire des fous qui sautent chaque jour du tremplin dans un bassin … sans eau. « Le docteur, &#8211; dit l’un d’entre eux – nous a promis que si on est sages il va y mettre de l’eau. » De même, le critique qui écrit sur son propre spectacle mental, sans l’avoir jamais vérifié sur la scène.</p>
<p>On demande donc à la Mise en scène de bien vouloir mettre de l’eau dans le bassin … (Dan C.Mihăilescu, <em>Postface au volume Ultimul Împărat</em> (Le dernier Empereur), Polirom, 2001)</p>
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		<title>Dan C. Mihăilescu &#8211; Une gare pour tous</title>
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		<pubDate>Fri, 13 Mar 2009 12:29:27 +0000</pubDate>
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				<category><![CDATA[Chroniques]]></category>

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		<description><![CDATA[Ceea ce surprinde în chip flagrant (şi, desigur, plăcut) încă de la primele pagini ale volumului prin care Valentin Nicolau debutează în dramaturgie („Dacă aş fi un înger”, Editura UNITEXT, 2000, n.r.) este profesionalismul.]]></description>
				<content:encoded><![CDATA[<p>Ce qui surprend d’une manière flagrante (et, certainement, agréable) depuis déjà les premières pages du volume avec lequel Valentin Nicolau fait sont début dans la dramaturgie (<em>Dacă aş fi un înger</em> – Si j’étais un ange), (les Éditions UNITEXT, 2000, n.r.) est le professionnalisme. On croirait se trouver devant un vieil artisan, bon connaisseur de la scène, bon architecte des situations dramatiques, un homme qui entend d’une manière excellente la réplique, qui a la science du dosage, ne se perd pas dans des lyrismes parasitaires (quoique plus d’une fois le thème l’y inviterait), n’exagère pas la thèse morale, mais la laisse toujours dans le sous-texte du plan ludique.</p>
<p>L’expérience confessée par Nicolae Manolescu dans la préface, celle de membre du jury du concours de dramaturgie organisé par le Ministère de la Culture en 1999, je l’ai vécue moi-même à côté de Ion Bogdan Lefter et Marian Popescu en 1998 au concours UNITER pour la meilleure pièce de l’année : après avoir combattu et opté pour le texte gagnant (Radu Macrinici), nous avons ouvert les enveloppes et nous avons constaté avec une agréable surprise non seulement la présence de personnalités déjà affirmées (comme, par exemple, Liviu Ioan Stoiciu et Horia Gârbea), mais également la présence de Valentin Nicolau, une surprise absolue. Il n’est pas philologue, mais géologue, il n’est pas écrivain, mais directeur des Éditions Némira, complètement absent de la vie théâtrale, admirateur déclaré du genre SF, Valentin Nicolau nous a choqué justement par la maturité de sa construction dramatique. On  pouvait supposer une sérieuse expérience préalable dans le domaine et je me rappelle que c’est exactement cela que j’ai écrite dans le rapport présenté avant l’ouverture des enveloppes contenant l’identité des concurrents : « auteur de la génération de Marin Sorescu et D.R.Popescu, artisan longtemps exercé ; s’agirait-il d’une surprise du groupe Dragon ? » (J’avais, donc, en vue la pièce qui ouvre le présent volume, <em>Fantoma de la clasa întâi</em> (Le Revenant de la première classe), une semi-parodie de la Roumanie d’après 1989 : les illusions de l’intégration et l’utopie d’un changement du jour au lendemain, un univers en décomposition etc. ce qui justifiait la suspicion d’une attitude conservatrice).</p>
<p>Parmi les nouveaux noms sûrs (et affirmés d’une manière concrète, sur la scène) de notre dramaturgie d’après 1990 (Vlad Zografi, Matei Vişniec, Radu Macrinici, Horia Gârbea, Saviana Stănescu), Valentin Nicolau est – d’un point de vue du sérieux et de la profondité du vécu de l’idée sociale du théâtre – plus proche des premiers deux et plus loin du ludique expérimental, intertextuel, surr réaliste des autres. Les trois pièces se trouvant ici, une plus savoureuse que l’autre (« extrêmement offertantes », comme on dit dans le langage de spécialité), visent la condition humaine : en tant que troupeau tristement hébété, ordonné par le cynisme stupide, mais efficient en tant que manipulation, des politiciens (la Roumanie apparaît dans <em>Fantoma de la clasa întâi</em> (Le Revenant de la première classe) comme une gare évitée par les trains, où il n’y a que la prostitution qui travaille, où les jeunes sont contaminés de manière irrépressible par le mercantilisme et l’amoralité des leaders et sur laquelle plane le fantôme de Ceaucescou) ; comme perte de l’identité (le thème de « l’impossible retour » de la pièce <em>Lume, lume, soro lume</em> … (Beurré comme un p’tit lou), avec la paysannerie à jamais altérée, l’urbanisation forcée faite par le communisme comme destruction du tissus social e.a.d.s. ; et de la vie en tant que paradoxe inutile, la parabole de la Chance aliénante (<em>Ca zăpada şi cei doi</em> – Comme la neige et les deux autres) où un jeune insurgent arrive à gagner tous les concours qui forment l’actuelle bingomanie des Roumains ce qui, bien entendu, lui empoisonne l’existence, son être et la communication avec les autres). Bien que cultivant l’humour et les relations ironiques, Valentin Nicolau n’est pas un satirique. On ressent à chaque pas l’amour pour l’homme, le respect pour la délicatesse des natures fragiles, l’horreur d’entrer avec ses gros sabots dans notre malheureuse structure levantine. Travaillée de manière catégoriale, comme dans le vieux expressionisme (le Vieillard, le Politicien, le Chef, la Pute, le Jeune, la Religieuse etc.), <em>Fantoma de la prima clasă</em> (Le Revenant de la première classe) peut faire des salles pleines sans tenir compte de la ville ou du cadre de la mise en scène, de même que <em>Zăpada şi cei doi</em> (Comme la Neige et les deux autres) offre une partiture captivante au théâtre de TV, dans la ligne de, disons, <em>Capul de răţoi</em> (La tête de canard), <em>Scaunele </em>(Les Chaises), <em>Noul locatar</em> (Le nouveau locataire). Et on va voir arriver le jour quand nos éminents metteurs en scène vont alterner Shakespeare, Euripide et Tchekhov avec Nicolau, Macrinici &amp; Co,   remplaçant la bovarisation des festivals occidentaux avec une honnête mise en scène, chez soi, de la Roumanie d’aujourd’hui. (<em>Dan C.Mihăilescu, Ziarul financiar, no 20, du 6 octobre 2000</em>)</p>
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