MARIAN POPESCU – Un dramaturge qui sait choisir ses sujets

Categorie: Chroniques
« Precedente

Le deuxième volume de théâtre de Valentin Nicolau, Ultimul împărat (Le Dernier Empereur contient, pareil au premier – Dacă aş fi un înger (Si j’étais un ange), Éditions Unitext, 2000 – trois pièces ; les deux volumes ont pour titre le sous-titre de la pièce qui ouvre le volume, tous les deux ont une postface signée par deux critiques littéraires de notoriété (le premier par Nicolae Manolescu, le second par Dan C.Mihăilescu), les deux ont la couverture réalisée par l’auteur même. Les symétries s’arrètent pourtant ici, car entre les deux volumes il y a une différence donnée par l’option du sujet et du thème.

Nicolau fait peut-être partie d’un petit nombre d’écrivains de théâtre qui savent choisir leurs sujets. Dans la dramaturgie roumaine d’après 1990, où les hiérarchies, les thèmes et les sujets des dramaturges d’avant 1989 n’ont pas été encore réévalués, les écrivains qui ont en vue la scène théâtrale, qui se situent en relation directe avec celle-ci sont très rares. Nos scènes, d’autre part, sont très conservatrices en ce qui concerne l’accueil de nouveaux auteurs et textes. On a écrit/discuté longtemps sur ce fait, constatant plutôt un désidératum, une carence, un déficit sans remarquer pourtant que, beaucoup de fois, l’inactualité de la démarche du dramaturge, conjuguée à l’inactualité du management de l’institution théâtrale, produit des effets inacceptables pour la représentation scénique des nouvelles pièces roumaines de théâtre. Valentin Nicolau cherche à sortir de cette inactualité avec ses volumes publiés jusqu’à maintenant.

Ultimul Împărat (Le Dernier Empereur) produit un théâtre où les thèmes du sociopolitique, attribut du premier volume, sont protégés par l’option pour la séduction : politique, électorale, amoureuse. S’il est vrai, selon Dan C.Mihăilescu dans sa Postface, que le Pouvoir et son transfert « forment le dénominateur commun » des trois textes, pour moi, l’anatomie de la séduction semble être la zone où se retrouvent les nouveaux sujets de l’écrivain. Il semble que Nicolau – autrement que Alina Mungiu dans Evangheliştii (Les Evangélistes) et Studioul zero (Le studio zéro), ou Vlad Zografi dans Petru (Pierre) ou Oedip la Delphi (Oedipe à Delphes) – structure sa démarche dramaturgique sur des lignes de force poursuivies avec une certaine pédagogie dans le choix des thèmes. Fotograful Maiestăţii Sale (Le Photographe de Sa Majesté) (ou Ultimul Împărat – Le dernier Empereur) reprend l’ancien thème du Pouvoir qui fascine et produit l’inflation de l’ego dans des données paraboliques. La terreur est en même temps un exercice de la lucidité du dirigeant, mais également un exercice de la folie : la relation du dirigeant avec le temps, par l’intermédiaire du Photographe arrivé à la cour, est d’un autre ordre que, disons, celle de la pièce A treia ţeapă (Le troisième Pieu) de Marin Sorescu où Ţepeş est modèle pour le tableau du Peintre. Chez Nicolau, l’Empereur est sacrifié lorsque le monde qu’il a modelé ne peut plus le comprendre : gonflable, son empire est un projet qui l’approche d’un Dieu absent. Le Bouffon, le frère, est celui qui va reprendre la «gestion ». On a besoin d’une autre image, dans un monde où l’image se substitue au naturel. La séduction appartient au Pouvoir, à une prise en possession où la sexualité du Pouvoir est profondément impliquée. Les avatars de cette idée dans la Roumanie d’après 1989 ne sont pas négligeables et de cette manière, avec cette pièce, je pense qu’il s’impose une direction d’aborder la politique dans l’acte du pouvoir qui n’a pas été abordée jusqu’à maintenant.

La seconde pièce Zi că-ţi place ! (Dis que tu aimes ça !) est un exercice didactique sur le thème de la séduction-possession sexuelle générée par le tourment électoral.

Les candidats, réunis à la rencontre finale, sont poursuivis à la télévision par une Femme qui veut voir en chacun d’eux l’Homme, au-delà des promesses électorales. Les détailles physiques sont analysés dans un langage tantôt comique, tantôt dramatique, l’excitation de la Femme arrivant à de différentes phases, ainsi que sa désillusion et insatisfaction devant les prétentions toujours les mêmes des Dons Juans politiques. Ses projections, ses désirs « arrachent » de l’écran les candidats mais, évidemment, ce qui va se passer est en contraste violent avec ce qu’elle attendait. Le viol « politique », la langage sexuel-politique ont développé des images fortes dans la journalistique roumaine, depuis Académia Caţavencu au célèbre article de Cristian Tudor Popescou : Un crachat en pleine face de la classe politique. Comme on peut se rendre compte, Valentin Nicolau transfère, avec d’autres moyens, le thème de sa première pièce dans le plan ironique-pragmatique du jeu érotique : la séduction est, en fait, un argument électoral fort. N’oublions pas comment a été considéré la figure de Petre Roman, par exemple, par une partie de l’électorat féminin pendant les périodes électorales.

Enfin, Ultima haltă în Paradis (La dernière Halte au Paradis), est l’image du séducteur qui entraîne son successeur. Mitică, un Don Juan maintenant hospitalisé, à exerce le transfert du « pouvoir » avec le plus jeune Ionel, un sparring-partner qui, tel le Bouffon de la première pièce, va prendrea sa place. Le monde de l’hôpital, de la corporalité en souffrance, exacerbe le jeu érotique. Nicolau s’avère ici un esprit analytique extrêmement intéressant, plein d’ironie et de grotesque.

La marque de ce volume est donnée par un langage théâtral personnalisé. Sa dramaturgie a maintenant un contour, l’auteur devenant maître des techniques de construction du conflit, mais, surtout, de cette intuition de l’humain métamorphosé par les mutations fondamentales qui se sont passées dans la société roumaine de la dernière décennie. C’est ce qui différencie les nouveaux dramaturges. Son volume a une unité difficile à retrouver chez les autres. Des auteurs plus nouveaux, avec des volumes récents, tels Alina Nelega, Saviana Stănescu (avec ses quatre textes pour le théâtre, Black Milk), Stefan Caraman (avec XXI scènes de la vie de Stefan) et Cristian Juncu – Două piese de teatru (Deux pièces de théâtre), délimitent déjà avec certitude la nouvelle dramaturgie roumaine. Après les centres d’intérêt apparus de l’écriture d’auteurs tels Zografi, Mungiu, après les expériences produites par les auteurs cités plus haut, la dramaturgie de Valentin Nicolau est une offre sûre pour la scène théâtrale. (Marian Popescou, Observator cultural, no.73, juillet, 2001).


« Precedente