LA LÉGENDE DU DERNIER EMPEREUR
Categorie: SpectaclesLe Théâtre National « I.L.Caragiale », Bucarest
La spectacle a été mis en scène au Théâtre National de Bucarest, pendant la saison théâtrale 2002-2003, Salle Atelier, et la première a eu lieu le 10 octobre 2002. La version présentée au TNB un remaniement réalisé par le dramaturg du texte Fotograful Maiestăţii Sale (Ultimul Împărat) (Le Photographe de Sa Majesté (Le dernier empereur) paru dans le volume Ultimul împărat (Le dernier empereur), Ed.Polirom. Le spectacle a été présenté en 2003, dans le cadre de la Xème édition du Festival International de Théâtre de Sibiu.
Mise en scène et illustration musicale : Alice Barb
Scénographie et light design : arh.Cătălin I.Arbore
Corégraphie : Roxana Colceag
Sa Majesté – Claudiu Bleonţ
Le Bouffon – Georghe Ivaşcu
Le Général – Mircea Albulescu
Le Grand Prêtre – Ion Lucian
Le Conseiller – Constantin Dinulescu
La Cuisinière – Rodica Popescu-Bitănescu
La Courtisane – Ilinca Goia
La Reine Mère – Carmen Ionescu
La Cour – Mihai Perşa
L’Adjoint – Ioan Andrei Ionescu
Le Photographe – Georgian Ilie
Le Mandiant – Sorin Sandu
« La pièce part d’une légende authentique, lancée par Caligula, qui dit que, un beau jour, va apparaître le dernier empereur. Celui-ci va conquérir le monde et va prédire la seconde arrivée de Jésus. L’auteur développe le thème dans un sens apocalyptique, assemblant tous les grands thèmes du XXème siècle et établissant diverses relations entre ceux-ci. » Alice Barb, metteur en scène du spectacle.
L’esprit d’aventure de Valentin Nicolau est irrémédiable. C’est ce qui l’a maintenu vivant avant 1989, l’enrichissant d’une certaine manière, et lui a donne force et courage et après 1989, lorsqu’il a commencé Némira, lorsqu’il a connu toutes sortes de voix nouvelles, de mondes nouveaux, incitants, étranges comme la structure même de son propre ego. Quoique taciturne et peu exubérant, il est le dépositaire de certaines expériences spéciales, nombreuses, il a fouillé dans tous les coins ou les salons luxueux pour voir l’homme dans une multitude d’hypostases variées, de situations, de lumières et ombres, avec des éclats ahurissants et une stupéfiante odeur de putréfaction. Peu à peu, ces images ont commencé à descendre de sa tête et à se laisser mises sur le papier. C’est ainsi qu’il est né le théâtre de Valentin Nicolau. De la manière la plus naturelle, sur une voie normale, sans césarienne. C’est comme ça qu’il est écrit : fébrilement, nerveusement, avec réplique, avec la passion de la scène dans la pensée et dans la plume. (…) Vous allez rencontré, d’une part, le charme d’une histoire subtile, à plusieurs plans, racontée dans un langage poétique, et, d’une autre, vous allez vous rencontrer nez à nez avec le pathologique grobien abrité dans le cerveau d’un dictateur (…). « L’action se passe dans les palais du pouvoir, là où chaque instant qui apparaît est histoire et doit être immortalisé », dit le dramaturge Valentin Nicolau. Ce qu’on ne signale pas et le fait stupéfiant que Sa Majesté pousse. La couronne est trop étroite, les chaussures trop petites, les vêtements semblent avoir rétréci, le lit est trop petit, la salle du trône a diminué, le palais même a des dimensions toujours plus petites. Le pouvoir ne le comprend plus. » (…) (Marina Constantinescu, « Ca nasul lui Pinocchio » (Comme le nez de Pinocchio), in Cahier-programme à la Legenda ultimului împărat (La légende du dernier empereur).
« Avec la pièce Legenda ultimului împărat (Le légende du dernier empereur), nous entrons dans le terrain de la parabole philosophique et d’un tragi-comique où se retrouvent les grands thèmes de la dramaturgie universelle. Si, dans ce sens, il y a eu beaucoup de gens qui se sont précipité à se référer à la relation shakespearienne entre le roi-bouffon et le bouffon sage, mais triste, certains critiques ont élargi encore plus l’aire des similitudes vers l’œuvre de Alfred Jarry et Evguenii Şvarţ, sans oublie Vasile Alecsandri. Rien de nocif sur ce terrain des spéculations, car, si l’on pense et aux rapports du despote avec le peuple ou aux accents comico-grotesques que acquiert dans la pièce l’image du totalitarisme, le texte de Valentin Nicolau se rapproche de la verve vitriolante de certaines pièces de Teodor Mazilu, comme Sărbătoare princiară (Fête princière), ainsi que si l’on juge la relation de l’individu (roi, bouffon ou simple homme) avec Dieu on peut assez bien entrevoir quelque chose des questions dramatiques des mystiques russes ou de la « négation » des existentialistes. Je crains pourtant que, nous dirigeant sur cette voie, on va arriver à faire une injustice à la pièce même, Legenda ultimului împărat (La légende du dernier empereur), laquelle, au-delà de son livresque évident, se présente comme un travail d’une indiscutable autonomie, de la structure et des significations, offrant en même temps à la mise en scène et aux interprètes la chance d’un accomplissement scénique moderne et attractif. (…) (Ion Parhon, Toamna se numără premierele ! (C’est en automne qu’on dénombre les premières !) România liberă, du 17 octobre, 2002).
2Un des meilleurs spectacles avec une pièce écrite par un auteur roumain contemporain que j’ai vus pendant les dernières deux ou trois années est, sans doute, Legenda ultimului împărat (La légende du dernier empereur) présentée au Théâtre National de Bucarest (…) L’explication de ce succès incontestable de la dramaturgie roumaine est justement ce qui nous intéresse dans cette chronique de spectacle. Sans doute, la distribution d’élite (…). D’autre part, c’est une pièce bien écrite, dont les répliques (mais surtout les monologues du personnage titulaire lorsqu’il parte de Dieu, de la foi, du pouvoir) acquièrent une résonance artistique qu’on ne peut pas confondre. Certes, Valentin Nicolau est préoccupé, comme dans les drames antérieurs (de manière spéciale Fantoma de la clasa întâi (Le Revenant de la première classe), par l’expérience du totalitarisme roumain qu’il a vécue, en tant que écrivain et en tant que victime, avec tout son âme, mais les choses reçoivent ici une sourdine artistique qui atténue le « spécifique roumain » pour parler du délire du pouvoir qui fait que le dictateur se sent ni plus, ni moins le fils de Dieu né de la Vierge Marie. (…) Dans le spectacle, plus que dans la lecture, Legenda ultimului împărat (La légende du dernier empereur) semble être plus près de Ionesco du Regele moare (Le Roi se meurt) que nous pouvons nous imaginer. Elle a presque la même structure de conte de fée terrible pour adultes que la pièce du Roumain de Parisk, mais Valentin Nicolau déplora non pas la mort de l’homme, de la civilisation, de la planète, mais la disparition de Dieu, par le truchement de la vanité humaine. (…) » (Mircea Ghiţulescu, Legenda ultimului împărat (La légende du dernier empereur), Curentul, du 11 janvier 2003)
« Imaginez-vous une table d’échec grande comme le monde, les archiconnues petits carreaux blancs et noirs alignés sagement un à côté de l’autre, pareils aux événements de la vie – les bons et les mauvais. Sur cette table, il y a des gens qui bougent – soient-ils des rois et des reines, ou de simples pions, et les hommes luttent, s’aiment, tuent et arrivent à croire qu’ils sont des dieux. Cela pourrait être la métaphore proposée par le pièce de Valentin Nicolau, Legenda ultimului împărat (Le légende du dernier empereur). (…) En dépit des longueurs et des moments statiques imposés par le ton méditatif de la pièce qui comprend des répliques mémorables (dont le dramaturge Valentin Nicolau enrichi d’habitude ses textes) et même si le spectacle n’a pas un final fort, Legenda ultimului împărat (La légende du dernier empereur) peut être une leçon théâtrale essentielle pour éveiller l’esprit civique, plongé chez les Roumains dans un sommeil dangereux. (Cristina Modreanu, Radiografia paranoiei (La radiographie de la paranoïa), Adevărul de week-end).
